Introvertis : Les 15 Commandements des Communautés

Autopsions ensemble chers Introvertis, comme le groupe déshumanise l’expérience humaine

Pourquoi l’humain cherche-t-il une troupe de rattachement ?

Quelques parutions scientifiques évoquent ce thème, confirmant que les individus se rassemblent par affinités selon des critères identitaires qu’ils considèrent évoquer leur égo. On se regroupe donc par ethnie pour certains, d’autres se retrouvent autour de leur attachement culturel ou religieux, on connaît bien aussi les groupuscules sociaux : entre riches ou comédiens, ou bien entre rebelles dissidents, communistes ou au contraire, ultralibéraux. Les intellectuels apprécient de se retrouver entre soi, théorisant au sujet du petit peuple inculte et les très indigents, ce dernier peloton rendant hommages à ses agresseurs en les remerciant des aumônes dont ils dépendent. Une validation collective derrière laquelle l’humanité toute entière court. Pourquoi est-ce qu’un introverti ne cherche-t-il pas autant de communautés ou bien les quitte-t-il alors qu’il tente – cela arrive de temps en temps – de s’assimiler à un troupuscule ? (et pourquoi ce site ne propose-t-il pas à ses abonnés d’échanger sur un réseau social, comme tout le monde ?)

L’uniforme cognitif : l’introversion confrontée au groupe

La pression du groupe, tous les introvertis l’ont observée : ce fonctionnement prototypique que l’on décèle à chaque interaction groupusculaire. Un introverti se joint à une dimension qu’il n’appréhende pas tout à fait, puisqu’il faut un sésame pour s’intégrer au groupe : un égo exogène. C’est aussi simple que cela et on peut déplorer que les introvertis de tous les âges aient perdu une part d’intégrité intellectuelle en tentant d’adopter des mœurs biologiquement conçues en faveur d’un tempérament opposé. Évidemment, c’est une hypothèse élaborée par observation en déduisant une proposition aspirant à illustrer la divergence des dynamiques introspectives.

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Pensée unique : les expansifs vivent-ils en groupe par nécessité ?

L’uniformisation cognitive d’une communauté est suspecte : on y trouve tous les travers biaisés que l’histoire nous a enseignée, sans qu’aucune sagesse n’ait pu glisser une leçon commune à l’ensemble de l’humanité désormais extravertie qui continue de reproduire inlassablement et aveuglément, des communautés aliénantes menées par un chef de meute duquel se montrer subordonné délivre un laissez-passer invitant à noyer sa personnalité mésestimée au sein d’une masse informe et sans objet. Puisque c’est le leader – quelquefois aussi insipide que ses adeptes, car le chef de clan doit inviter à l’identification de ses suiveurs – qui donne la tonalité du troupeau auquel ses élus redoivent vouer un loyalisme certain. Un souverain est né. Revoilà les 15 règles implicitement dictées par le groupe.

Les 15 Commandements du Groupuscule Fédéré

I Ton originalité, tu mépriseras

C’est un uniforme mental que l’on a pour responsabilité de porter et que l’introverti exclut sans tarder. Un introverti se fait admettre au sein du troupeau afin d’en émettre une critique directe concernant l’absence totale d’individualité que ses adeptes manifestent, menacés de bannissement s’ils n’adoptent pas la loi d’uniformisation plénière groupusculaire. Le groupe désindividualisant ainsi, l’ablation du Moi demeure la condition primordiale à laquelle se soumettre par menace tacite d’exclusion immédiate.

II Ton temps, tu concéderas

Un introverti dispose de peu d’énergie et son temps (son bien le plus précieux) reste minutieusement consacré à sa croissance individuelle. Une troupe uniformisée exige de consacrer un don en temps et en ressources psychiques que l’introverti néglige rapidement, notamment en omettant de jurer loyauté cognitive à un leader que l’introverti finit par identifier comme mineur intellectuellement, y compris s’il justifie un cursus glorieux dont l’extraversion de l’égo déchoit de son autorité. Puisque c’est un piège dans lequel les expansifs tombent, y compris les plus astucieux.

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III Ta personnalité, tu boycotteras

Effacer un pan de persona est une condition évidente en groupe, dont les dynamiques impliquent que la singularité, et en particulier envers les introvertis, soit astucieusement remodelée par la pensée du troupeau. On reste entre soi, et si par malheur une parole divergente se lève, la position uniformisée prend le relais pour un rappel énergique : il est interdit de réfléchir par soi-même en groupe, ou bien très modérément. C’est un oiseau affranchi aux couleurs chatoyantes qui trempe ses plumes multicolores dans le pétrole gris-poisseux groupusculaire afin d’accéder au renforcement chimérique d’une meute.

IV Ton altruisme, tu braderas

La compétition au sein du troupeau : l’oiseau désormais gris et coupé des ailes ne volant plus, nécessite de se conformer à un poison intellectuel que l’on ingère quelquefois involontairement : un introverti qui pénètre un troupuscule toxique vend son âme, se dévaluant en un des laquais insipides de cette grappe corrompue durant quelque temps, en adoptant une doctrine visant à servir un leadership médiocre et lâche, l’auteur d’une cohésion artificielle autour de laquelle il constitue une homogénéité collective à son image. Les triangulations vont bon train… et les coups bas aussi.

V Ton libre-arbitre, tu suicideras

On s’aligne sur une ligne éditoriale communautaire. Une autonomie éthérique et intime que l’on galvaude en solde, que l’on rattache à une entité redéfinie par le cheptel. Une amputation à vif que l’on déplore si on est un véritable introverti éprouvé pour sa pensée abondante en originalité et par ses raisonnements hors des sentiers battus. Le groupe prémâche et digère une nourriture insipide et vide de calorie essentielle. On crève de faim, mais en meurt… Ensemble.

VI Ton meneur de cheptel, tu chériras

Ton Moi tu mésestimeras. Ton intégrité, tu céderas. Ton amour-propre, tu piétineras et ta dignité, tu solderas. Une des caractéristiques groupusculaires réside dans la perte d’individualité cognitive au profit des savoirs-être d’un individu dont les mobiles sont fatalement contestables et douteux. Un chef de troupe mystifiant sa foule exiguë, dissimulant les performances d’un égo décrépi, source d’orgueil des plus mal lotis psychiquement.

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VII Ton intégrité, tu piétineras

Un introverti en groupe nécessite d’extravertir sa source de contentement en la trahissant inéluctablement dans la mesure des exigences d’une culture troupusculaire impliquant d’abandonner au vestiaire sa fonction introspective qui ne trouve aucune position lui avantager d’exprimer sa singularité devenue défavorable à la politique communautaire du règlement intérieur rédigée à la manière de conditions générales de vente d’un escroc du développement personnel ; ces gourous parasitiques qui annexent une communauté financièrement viable. J’invite les lecteurs de ce billet à en faire la découverte par eux-mêmes, c’est édifiant.

VIII Ton honnêteté, tu corrompras

Comme tout le reste, l’introverti en meute fait tache et de surcroît se fomente à soi, puisqu’il s’agit de consentir à une doctrine uniformisante et de se l’administrer en l’appliquant sur ses singularités d’introverti insoignable, puisque l’introversion n’est pas une pathologie (il est convenable de le rappeler quelquefois). D’ailleurs, l’introverti s’adapte au groupuscule en travestissant sa persona, ultime traîtrise que l’on s’inflige à chaque alignement sur la doctrine bétaillère.

IX Ton ambiguïté, tu cultiveras

Un discours politisé que le groupe doit adapter à chaque petite velléité d’individualité que l’introverti conformé ne peut identifier qu’au fur et à mesure qu’il découvre l’hypocrisie groupusculaire. Une mystification collective, à la manière de l’hypnotiseur-prestidigitateur-illusionniste entrainant dans son sillage des adeptes dont la candeur n’a rien de juvénile, mais assimilable à un partage de traits de personnalité instable ou corruptible.

X Ta parole, tu harmoniseras

Un double discours tangible, des prêches que le leader ne s’applique pas et pour cause, cela n’est pas son rôle. Le chef de meute administre de la dissonance cognitive permettant de tenir son petit monde au garde à vous. Des doubles standards nauséabonds, que l’autocrate domestique adapte en fonction de la duplicité nécessaire à la situation rencontrée. Un introverti peut perdre la raison en groupe et c’est certainement la première des explications de cet effet.

XI Ta santé mentale, tu aliéneras

Le troupuscule atteint ses membres des mêmes déséquilibres ataviques qui se transmettent quelquefois de génération en génération, épigénétique-ment. Et cela se mue en trait de personnalité que les adeptes du groupe reconnaissent entre eux : l’un fait le perroquet à merveille, l’autre sait encourager la troupe, des autres savent se soumettre en se taisant et certains font subsister le groupe mécaniquement en présentiel : ces suiveurs-nés savent moutonner sans faire de vagues, cela va de soi. Un troupeau que l’on reconnaît à son uniformité, à l’image des asiles inhospitaliers, ces mouroirs parquant des fins de vie anonymes, qui pour d’aucuns fermement attachés aux attroupements, n’auront pas connu un seul instant, libres… Reposeront-ils en paix ?

XII Tes ressources, tu sacrifieras

Du temps, de l’argent, de l’espace psychique… de l’énergie calorifique dépensée à mauvais escient si on est introverti et doté d’une conscience abandonnant peu de champ au diable et à ses partisans… soutenir par des dons un leader de meute incompétent qui fait régner son hégémonie réductrice sur des adeptes hypnotisés, distraits de leur condition interne en décomposition. Un introverti ne survit pas longtemps au sein d’une dynamique fratricide ordinaire et médiocre.

XIII Ta dignité, tu fourvoieras

Une conception introvertie, cette flamme intérieure nourrie des ressources d’idées détectées au fil de ses errances spirituelles et cela n’est pas une vaine entreprise que de tenter de déchiffrer ou de cracker le code du sens de la vie et de ses ouvrages anonymes. Un confort intime que l’introverti fourvoie en s’inclinant dans le sens contraire de sa croissance orthodoxe. Une mésestime qui ne tarde pas à se manifester dans les inimités groupusculaires ne lambinant pas à s’extérioriser.

XIV L’exclusion, tu adopteras

Une pratique collective appréciée des masses, se cherchant des coupables, canevas commodes sur lesquels dépeindre la pathologie troupusculaire : bouc-émissairiser. Un mal et des ombres que l’on se doit de modeler en la personne d’une différence pointée du doigt par le collectif, qui évince la voix dissonante, celle qui dit la vérité, sinon, à quoi bon… le verbe s’exonère chez les mouton-échos.

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XV Ton identité, tu méconnaîtras

Que cela soit ses prédispositions divergentes, ou bien sa manière de se présenter au monde : le lexique groupusculaire demeure un vocabulaire de meute qu’on se doit d’adopter au risque de ne pas être toléré par ses imitateurs. Un uniforme boudiné et restrictif, une combinaison imposteuse que l’on enfile afin de passer pour invisible, glorifiant de facto l’industrie du chef gonflé d’outrecuidance, dopé à l’attention d’un troupeau pas si zélé et dévoué. C’est une fin d’histoire que je ne me hasarde pas à « spoiler ».

TheIntrovertSinger

Photo : fauxelsRF._.studio, Luis QuinteroPexels

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