Est-ce que je souffre de honte toxique ?

Comment débarrasser nos vies de ce poison invisible ?

Qui n’est-il pas guidé par ses hontes ? Ces hontes acquises au berceau, dont il vaut mieux éviter d’envisager l’horreur des angoisses, si ce sont des sources non potables et déséquilibrées, qui furent assignées à étancher notre soif d’attention bienveillante, et à notre élévation éducative. Qu’on se situe très haut sur des échelles qu’on s’invente, ou bien qu’on se décide en dehors de considérations comparatives, la honte est une émotion et un moteur interne puissant. Dont on ne peut soupçonner le pouvoir sur soi, sur ses choix et chemins de vie. On se définit inconsciemment par les hontes successives projetées dans la très petite enfance.

Quel libre arbitre ?

Comme un arrière-gout, fait prendre des décisions réactionnelles de dégoût ou d’appétence. Qu’on ne peut identifier sans s’analyser au plus près, puisque cette honte fait partie de soi. Reconnaître l’existence de ses hontes, remet en question toutes ses conceptions de soi. L’identité sociale et les masques que nous portons pour éviter de ressentir le vide associé à sa toxicité. Cette compagne de l’ombre planant par-dessus l’épaule, ayant pour fonction d’abîmer ou transformer, et retenir ou pousser. Qui est-on vraiment sans des couches honteusement empoisonnées ?

L’anxiété honteuse.

Les hontes dont nous sommes porteurs, accumulés en fines strates, gravées en empreintes indélébiles. On ne se sépare pas de ces primo hontes, nos organes se construisent en encaissant ces blessures. Plutôt que sur la compassion compréhensive et clémente, de regards neutres inconditionnellement approbateurs. Notre système nerveux entier et notre cerveau sont dépositaires de ces plaies, non cicatrisées ou trop peu, réagissant au moindre facteur déclencheur.

Le cerveau de la honte.

Se situe juste derrière notre front ; le cortex préfrontal et ses parties toutes dédiées à des fonctions très particulières : les fonctions exécutives, la gestion des émotions et des données. Le cortex préfrontal, est composé de trois zones dont les fonctions complexes vont de la mémoire à long terme, y compris traumatique, et son organisation. Les mémoires de travail, le comportement et les interactions sociales, dont leurs interprétations dans leurs grandes complexités. Cette partie du cerveau fait aussi le lien avec un organe, l’amygdale régulant nos réactions émotionnelles, siège de la peur donc de notre survie. On sait aujourd’hui grâce à l’imagerie médicale, retrouver les traces de nos blessures, en examinant l’état des cerveaux de traumatisés. On sait qu’une exposition traumatique laisse des parties de cerveau suractivées et d’autres lésées. Nous savons aujourd’hui que des prédispositions génétiques rendent plus ou moins perméable aux stimulus.

Le système nerveux de la honte.

Nous en sommes affectés par l’intermédiaire de notre système nerveux, sympathique et parasympathique. Responsables l’un de notre réponse à la peur, et l’autre de sa régulation. Face à une situation interprétée comme alarmante par notre cerveau, toutes sortes d’activités commotionnent et modifient notre biologie interne. Le cerveau insulaire ou l’insula est une partie centrale de notre cerveau, dont on sait maintenant être le siège de la conscience de soi. L’exposition à des événements traumatiques modifie significativement le développement neurologique, notamment de l’insula. Lobe du système limbique impliquant l’homéostasie (la régulation interne), la motricité d’organes et notamment des émotions résultant d’un poison honteux. La honte est une des émotions les plus courantes, nous en sommes tous porteurs pas sains.

Honte ou culpabilité ?

La culpabilité est une émotion ou un sentiment dont l’utilité et la fonction sont essentielles à la vie dans la cité. Les psychopathes et sociopathes ou autres narcissiques, la ressentent avec froideur pour en exploiter les faiblesses. Se sentir coupable est un signe de bonne santé mentale, et un permis d’exister accompagné de limitations saines de la conscience de l’autre. La culpabilité est un sentiment lié aux actes : on se sent coupables d’actions. En revanche, la honte est un jugement de soi, sous forme de rejet, on a honte de soi. On est au cœur de ce qu’il existe de plus grave en termes d’atteinte de la signification du moi. Le lobe insulaire pour les sujets atteints profondément, peut mener à des conduites allant du refus de s’alimenter à l’obésité, jusqu’à l’irrémédiable. Les humiliations sont souvent responsables des atteintes dégradantes auteures d’auto rejet, l’imagerie médicale au service des neurosciences permet de constater non sans effroi, les atteintes cérébrales de victimes ‘sur-vivantes’.

Solidaires de nos hontes.

Le passage de victime à survivant, se conçoit et se construit comme un édifice, en prenant le temps de se reconnaître comme miroir de projections. Se savoir porteur innocent de honte, dont on doit rejeter le greffon. Ce sont des greffes inutiles et factices, de ces mères maltraitantes projetant sur un enfant des pathologies imaginaires. On se souvient toujours de cette honte en public d’un éducateur humiliant agissant pour édicter une règle de conduite mensongère. Pour soulager sa honte de soi, se débarrassant d’un fardeau sur des épaules trop frêles. Ces hontes font partie du dressage auquel on soumet des cerveaux en construction. Si certains y sont exposés violemment, d’autres sous exposition moyenne dont il est difficile d’envisager l’influence. Ce marais brumeux, brouillard dans lequel se situer demande des introspections non complaisantes, se désolidariser des tuteurs, se remettre en questionnement sincère.

La honte éducatrice omniprésente.

On sait les religions dont les préceptes conditionnent toujours notre psyché. Aussi les traditions, les normes implicites sociales nous administrant silencieusement, la scolarité compétitive. Les relations amoureuses et professionnelles traduisent le plus souvent les champs au sein desquels la honte structure nos réponses. Le rapport à l’argent, à l’apparence, et comment notre narcissisme se construit. On reconnaît facilement ‘les honteux impeccables’ et perfectionnistes, courant après une réussite sociale leur permettant de ne plus souffrir de la honte du taudis familial et des chaussures usées. De vêtements marquants son appartenance. Pauvre-indigne versus dignitaire riche, et si la dignité s’achetait, qui la vendrait ? Un leurre de hontes subies, la honte de soi, meilleur ou dernier, la dualité dans sa disgrâce la plus ultime.

Le conformisme nait de la honte.

Toutes ces hontes sont si présentes et sont certainement les moins reconnues de nos déchirures. On se regarde sans compassion en continuant d’entretenir ses hontes, on perpétue la honte comme on passe le flambeau, continuant la sinistre œuvre de ces ainés incultes. La honte nous pousse ou retient et la honte définit nos limites. Harcèle et juge sans empathie, le mécanisme de la honte comme outil de coercition plus efficace qu’une arme de poing, pointée à bout touchant. Combien ne vit-il pas sa vie d’immenses embarras ? Déterminante ou indéterministe, l’omniscience ou la prescience d’humiliations subtiles, dont on contourne les desseins de vie, faisant des robots à succès ou des refuzniks altermondialistes, et des bons ou des mauvais. On fabrique et humilie la différence, on juge son voisin, on couvre de négations l’étranger, on évalue, apprécie et condamne. «On ne parle pas la bouche pleine, on ne doit pas se comporter comme ça ! Mal élevé, tiens-toi bien, tu es puni”.

Invalider les invalidations honteuses.

Comment s’aimer dans des croyances limitantes et toxiques ? Une responsabilité collective et contagieuse, cesser de se juger, en portant son regard d’humilié sur l’autre. Signifie en premier de cesser de se considérer d’échecs en réussites, mais en compassions. Nul n’est supérieur ou inférieur, cela n’existe pas. Sans excuser aucune médiocrité, ou performance, mets avariés dont on rejette les sucs au formalisme compensateur. Voir qu’il n’existe rien d’autre que des potentiels, que rien n’est ni laid ni beau, bas ou haut, et que la dualité est un poison. L’enfant qu’on fut n’est pas celui qu’on croit, ce petit moi bridé, dorénavant rebelle indigné et joyeux, peut s’entendre dire qu’on est passé de victime à survivant. Si la vérité n’existe pas encore, l’amour existe bel et bien. S’en nourrir assassine cette tueuse silencieuse.

TheIntrovertSinger

Ressources :

Insula : Futura-Sciences.com

The Neuroscience of Shame : CPTSDfoundation.org

Melnikoff, David & Bargh, John. (2018). The Mythical Number Two. Trends in cognitive sciences. 22. 10.1016/j.tics.2018.02.001.

Prefrontal Cortex : Thescienceofpsychotherapy.com

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